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En prélude à mon prochain roman...
L'histoire du timbre le plus cher au Monde: le one cent Magenta de Guyane britannique...

Episode 1:

Nous sommes en 1856 en Guyane britannique...

C'est où?

La Guyane est un petit pays d'Amérique du Sud, coincé entre le Suriname et le Brésil au Sud et le Vénézuela au Nord.

Il fut découvert en 1595 par Sir Walter Raleigh , un explorateur anglais, qui était à la recherche de Manoa, la ville légendaire de l'El Dorado.

Les Hollandais ont été les premiers Européens à s'y installer, à partir du début du XVIIe siècle, lorsqu'ils ont fondent les colonies d' Essequibo, de Berbice ,  et de Demerara au milieu du XVIIIe siècle. 

En 1796, la Grande-Bretagne reprend ces trois colonies lors des hostilités avec les Français, qui occupaient les Pays-Bas. La Grande-Bretagne rend ensuite le contrôle à la république batave en 1802. 

Les Britanniques reprennent cependant les colonies un an plus tard lors des guerres napoléoniennes. Elles sont ensuite officiellement cédées au Royaume-Uni en 1814 et consolidées en une seule colonie en 1831. La capitale de la colonie était Georgetown (connue sous le nom de Stabroek avant 1812).

Les Britanniques y développent la culture de la canne à sucre, et  importent dans la pays de nombreux Africains comme esclaves. L'économie s'y est diversifiée depuis la fin du 19ème sur l'exploitation des ressources locales. 

La Guyane est devenue indépendante le 26 mai 1966.






Episode 2


Nous sommes toujours en 1856…


Les Britanniques sont toujours maîtres de la colonie. Ils produisent un certain nombre de timbres libellés « British Guiana Postage ». Toutefois pour maintenir une certaine qualité d’impression, et surtout pour garder un contrôle sur la production, ces timbres sont imprimés en Grande-Bretagne, et ensuite acheminés par bateau jusqu’en Amérique du Sud.


Mais voilà, traverser l’océan Atlantique à cette époque n’est pas une partie de plaisir ! Les bateaux sont soumis aux aléas des vents et des tempêtes. Et justement, le clipper qui devait apporter une nouvelle production des précieux documents, semblait perdu corps et biens.

Se trouvant dès lors dans l’impossibilité de distribuer le nécessaire aux Guyanais, le maître de poste local Ete Dalton (qui n’avait pas de frères…) autorisa les imprimeurs de la « Gazette Officielle » Joseph Baum et William Dallas, de produire une quantité limitée de timbres « one cent », « three cents »et « four cents », pour garantir la continuité de distribution du courrier.

Dalton donna ses instructions, mais Baum et Dallas prirent quelques libertés avec les modèles originaux, en ajoutant l’image d’un navire, ainsi que la devise « Damus Petimus Que Vicissim » (« Nous donnons et espérons en retour »), une citation d’Horace.


Cependant, Dalton était insatisfait du résultat. Prétextant la facilité avec laquelle les timbres pourraient être reproduits frauduleusement, il ordonna que toute la correspondance soit autographiée par un employé de la poste. Raison pour laquelle tous les « one cent magenta » portaient une signature des initiales « EDW », celles du greffier local, Ed Wight.




Episode 3

Nous voici en 1873.

Le jeune Louis Vernon Vaughan, alors âgé seulement de 12 ans retrouve un paquet de lettres oblitérées au milieu de documents ayant appartenu à son oncle, Andrew Hunter. Ce solide Écossais avait fait fortune dans la culture de la canne à sucre, avant d’émigrer vers l’île de la Barbade après une quarantaine d’années passées en Guyane britannique.

Curieusement, Vaughan, interrogé par des journalistes, longtemps après que le one cent magenta soit devenu célèbre, ne fut jamais en mesure d’expliquer pourquoi son oncle avait quitté le pays en y abandonnant sa maison et tous ses documents de famille…

Il ne fut toutefois pas le moins du Monde impressionné par la découverte d’une enveloppe portant le fameux one cent. En effet, en tant que collectionneur, il connaissait parfaitement la série des timbres officiels de la Guyane, produits en Grande-Bretagne. Le magenta ne lui semblait absolument pas digne d’intérêt pour agrémenter sa collection ! D’après lui, non dentelé et non gommé, le magenta ne pouvait avoir une quelconque valeur… Les « vrais » timbres étaient eux produits en masse par de splendides machines à vapeur, qui avaient mis du temps pour arriver dans la colonie. Elles suscitaient l’admiration de la population locale comme ailleurs sur la planète, et de là sans doute, naquit la philatélie.

Vaughan décida donc de céder le one cent pour 6 shillings (environ 16$ actuels) au premier maire de la ville de New Amsterdam, Neil Ross McKinnon. Cet argent, il en était persuadé, allait lui permettre d’acquérir d’autres spécimens bien plus intéressants… La journaliste Viola Ilma spécialiste en philatélie, écrit à ce sujet que c’était « la pire transaction de l’histoire des timbres » !

Episode 4

Pourtant McKinnon avait été difficile à convaincre, car outre être le maire de New Amsterdam, il était surtout un philatéliste reconnu. Le fait que les 4 coins du « one cent magenta » étaient coupés, lui paraissait curieux, et il n’était pas sûr de vouloir risquer de perdre 6$ en l’achetant à Vaughan ! Pourtant il allait vendre la plus belle partie de sa collection 5 ans plus tard, en multipliant sa mise par…800 ! Vaughan allait vivre jusque dans les années 1890. Il était devenu le président de la société philatélique de Guyane. Il eut donc l’occasion d’avoir de sérieux regrets…

Revenons à McKinnon. Après quelques hésitations, il se rendit finalement acquéreur du one cent. Il possède certes désormais le "one cent", mais aussi des « four cents », qui avaient été imprimés également en Guyane, au même moment que le magenta. On retrouvait bien ces « four cents » dans les premiers catalogues de philatélie. Mais par contre, nul n’avait jamais entendu parler du « one cent », à part lui et Vaughan! Il fallait absolument que son existence soit révélée dans le monde des collectionneurs, si son propriétaire voulait lui donner de la valeur. Mais malheureusement, son aspect « artisanal » ne lui offrait pas beaucoup de légitimité…

Pour cette raison, il était indispensable de sortir sa collection de Guyane. Il l’envoya donc à Glasgow à un intermédiaire dont il avait entendu parler : Wylie Hill. Il lui demanda de contacter l’expert renommé Edward Loines Pemberton (photo ci-contre), en lui proposant d’acheter ses timbres. C’était un choix intelligent, car Pemberton était l’auteur d’un bestseller dénonçant la falsification des timbres, ce qui donnait de facto de la valeur à tous ceux qui passaient entre ses mains, avant de se retrouver dans les catalogues! Autrement dit, s’il adoubait le « one cent magenta », aucun philatéliste ne pourrait jamais plus en contester l’authenticité.

Wylie Hill avait estimé la collection de McKinnon à 110£, soit environ 26.000$ d’aujourd’hui ! C’est donc avec une certaine anxiété qu’il attendait le verdict de Pemberton. S’il s’avérait négatif, Hill devrait retourner le colis à McKinnon, ou alors, pour éviter les frais de transport, carrément le détruire…

Episode 5

Mais voilà ! A la grande surprise de Hill, Pemberton, après avoir examiné les timbres de McKinnon, les lui renvoya, sans manifester une envie claire de s’en porter acquéreur !

Wylie Hill envoya alors des courriers à plusieurs autres collectionneurs. Finalement un certain Thomas Ridpath de Liverpool se montra intéressé. Il emprunta 120£ et prit le train pour Glasgow. Hill lui fixa rendez-vous à côté de la gare. Ridpath proposa les 120£ comme étant son dernier prix, pour l’ensemble de la collection. L’affaire fut conclue. Il remonta dans un train pour Liverpool et rentra chez lui, heureux de son achat, le tout en à peine 24h…

Deux jours plus tard, Hill trouva un courrier de Pemberton dans sa boîte aux lettres, lui proposant d’acquérir le one cent magenta ! La célérité de la poste britannique avait fait défaut, face à la rapidité des chemins de fer entre Liverpool et Glasgow ! Pemberton s’était rendu compte un peu tard de l’affaire qu’il aurait pu réaliser… Il allait s’en mordre les doigts longtemps.

Ridpath, lui en revanche, avait rapidement pris conscience du trésor qu’il détenait. Il pensa instantanément à la plus-value qu’il pourrait sans doute réaliser à Paris…

En effet, un richissime aristocrate Philippe Arnold de la Renaudière von Ferrary – résidant à l’Hôtel Matignon, rue de Varenne - avait la réputation d’acheter de grandes quantités de timbres et de collections. Ferrary était le fils du duc et de la duchesse de Galliera. Son père, Raffaele de Ferrari , venait d'une ancienne et riche famille de banquiers génois et était un homme d'affaires riche fait duc de Galliera à Gênes par le pape Grégoire XVI et prince de Lucedio par Victor-Emmanuel II, roi d'Italie .

Il était tellement féru de philatélie, qu’il avait engagé plusieurs experts, qui ne travaillaient que pour lui. Ridpath contacta l’un d’eux, le dénommé Pierre Mahé. Ce dernier proposa 150£, mais uniquement pour le one cent.Sans doute Von Ferrary aurait acheté la collection complète, mais Ridpath eu l’impression de faire une très bonne affaire…

Episode 6

Von Ferrary, héritier d’une immense fortune, était un acheteur compulsif ! Tous les timbres mis en vente l’attiraient irrésistiblement. Cela eut comme conséquence qu’il se retrouva rapidement à la tête d’une collection réellement gigantesque. Tellement grande d’ailleurs qu’elle comportait pas mal d’exemplaires à l’origine plus que douteuse, voire des faux, ce qu’il n’ignorait pas… Il fréquentait d’ailleurs un dealer qui non seulement lui vendait des copies, mais qui imprimait même des timbres dans son arrière-boutique, alors que Von Ferrary attendait dans la pièce d’à côté ! L’encre à peine sèche, l’Autrichien les emportait ensuite chez lui, sans aucune espèce de gène !

Le nouveau propriétaire du magenta ne ressentit pas le besoin d’exposer sa nouvelle acquisition aux yeux de tous. Au contraire, il le plaça dans un cadre, duquel il le sortait régulièrement pour l’admirer, le retourner en tous sens avant de le remettre à l’abri. Mais personne dans le Monde entier revit cette rareté avant l’année 1922 ! A tel point qu’un expert bien connu, dénommé Alvin F. Harlow, déclara : « un timbre qui rejoint la collection de Von Ferrary, doit être considéré comme définitivement enterré » ! Mais ce dernier savait qu’en gardant le one cent au secret, il suscitait la curiosité de ses collègues, et en augmentait ainsi insidieusement la valeur marchande ! Tous se demandaient en effet à quoi pouvait bien ressembler ce petit morceau de papier, devenu si convoité…

On raconte même, que le roi George V (que l’on retrouvera plus loin dans ce récit…), demanda à Ferrary de venir lui présenter sa collection à Londres. On se doute cependant de ce que le souverain espérait secrètement : voir enfin à quoi ressemblait ce mystérieux timbre dont on parlait tant ! Toutefois l’Autrichien déclina poliment l’invitation, en prétextant que sa mère, dont il était très proche et même dépendant, lui interdisait de sortir sa collection de l’hôtel Matignon.

Au rayon des mystères, on se pose aussi la question de savoir si ce n’est pas Von Ferrary qui a coupé les coins du one cent… Cette mode, répandue dans le passé, était pourtant abandonnée depuis belle lurette par les philatélistes, qui préféraient garder l’exemplaire sur l’enveloppe originale. On n’aura jamais la réponse à cette interrogation…

Episode 7

Philipp Von Ferrary décède d’une crise cardiaque dans un taxi à Lausanne, en Suisse le 20 mai 1917, en pleine guerre mondiale. Il avait prévu qu’à son décès, sa collection soit offerte au Reichpost Museum de Berlin. A condition qu’elle ne fut pas intégrée à celle du musée, mais exposée dans une salle dédiée.

Mais l’Etat français ne l’entendait pas de cette oreille ! La collection de l’Autrichien, que ce dernier avait déposé à son ambassade avant de s’enfuir en Autriche puis en Suisse, fut saisie en qualité de réparation pour les dommages de guerre subis par le pays. Après de nombreuses querelles judiciaires avec les héritiers du collectionneur, et au vu de la quantité énorme de timbres, quatorze ventes publiques furent organisées à Paris entre 1921 et 1925.

Lors de la première vente aux enchères, le monde la philatélie se demandait pourquoi le one cent n’en faisait pas partie ? On commençait à se demander s’il existait vraiment…

Ensuite le bruit couru qu’il s’agissait probablement d’une lubie de Ferrary (Ferrarity), qui aurait créé un faux au départ d’un « four cents » en effaçant le F, en remplaçant UR par NE et en supprimant le dernier « S » … En effet, la seule preuve de l’authenticité du magenta, restait celle proférée par Pemberton, 40 ans auparavant !

Le gouvernement français avait décidé de laisser courir les rumeurs, et de ne pas présenter le magenta à la vente lors des premières séances, en espérant ainsi en faire monter le prix.

La stratégie fonctionna au-delà de leurs espérances, on le verra !

Le jour dit, dans le catalogue, le one cent magenta était décrit comme suit :

« Guyane anglaise – 1856 -1c. noir sur carmin, catalogué chez Yvert et Tellier sous le n°12 et sous le n°23 dans le catalogue de Stanley Gibbons. C’est le seul exemplaire connu, oblitéré »…

De nombreux acheteurs étaient présents ou représentés, dont le roi George V, qui n’avait jamais réussi à convaincre Von Ferrary de le lui montrer (voir épisode précédent) !

Mais deux enchérisseurs finissaient par dégoûter tous les autres : Maurice Burrus, héritier d’une grande famille de producteurs de tabac, et Hugo Griebert, un dealer londonien    bien connu.

Le lot 295 débuta à 50.000 francs français, et s’envola rapidement, pour arriver à la dernière offre de Griebert : 352.500 francs, taxes et commission comprises (459.000$ d’aujourd’hui) !

On apprit plus tard que l’acheteur était en réalité Arthur Hind, un riche anglais entrepreneur textile de Utica, New York.

Episode 8

Arthur Hind était un homme de petite taille, qui avait débuté sa carrière au bas de l’échelle, en étant ouvrier dans le moulin familial, situé dans le Yorkshire, en Angleterre. Mais son sens des affaires l’avait mené à la fortune, alors émigré aux USA à l’âge de 34 ans. Ses usines produisaient des tissus, principalement à destination de l’industrie automobile, secteur en pleine expansion avant la crise de 1929. Il n’était pas vraiment réputé comme philatéliste, mais sa confortable situation lui permettait d’acheter à peu près tout ce qu’il souhaitait posséder !

Cela l’amenait souvent à acquérir des collections entières que d’autres avaient patiemment constitué, au fil des ans. Comme par exemple une série de timbres d’Hawaï et une autre de France, pour des sommes très importantes. Peu avant l’achat du one cent magenta, il se paya de très rares « one and two penny » de l’Île Maurice.

Mais il traitait ses acquisitions en vrai amateur, car il les collait à la glu ou même avec du papier collant (!) dans ses albums, en les rendant définitivement invendables ! Le one cent échappa par miracle à un tel traitement, car il l’inséra dans une enveloppe en cellophane, dont il oubliait régulièrement l’endroit où il l’avait rangée…

Cela ne l’empêcha cependant pas de posséder quelques-uns des timbres les plus rares de la planète, comme un second jeu de cette fameuse paire de Mauritius, appelés « Bordeaux cover ».

En 1923, Hind ramena le one cent en Europe, pour le présenter lors d’une exposition londonienne. C’est sans doute la seule occasion qu’eût le roi-collectionneur George V d’admirer ce timbre qu’il n’avait pas réussi à acquérir lors de la vente aux enchères de la collection Ferrary, quelques mois auparavant.

Arthur Hind décéda en mars 1933, en laissant un testament. Son épouse recevait une maison et un certain nombre d’objets et de biens, à l’exception de la collection de timbres !

Les exécuteurs testamentaires, eurent beau examiner tous les albums, page par page, ils ne trouvèrent pas trace du one cent magenta ! Finalement, un solide coffre-fort situé dans le bungalow que Hind avait partagé un temps avec sa femme, contenait le précieux timbre toujours protégé dans l’enveloppe qui avait servi au retour de l’exposition de Londres… Apparemment, Hind avait omis de le remettre dans son coffre à la banque ! Cet oubli encouragea Madame Hind à en réclamer la propriété, car elle assurait que son mari lui avait offert le magenta, raison pour laquelle, d’après elle, il ne figurait dans aucun album et avait été mis en sécurité dans ce coffre-fort.

Episode 9

Un mois à peine après la mort de Hind, sa veuve se remariait avec le jeune homme qui lui avait vendu la pierre tombale de son mari ! Les jeunes mariés décidèrent rapidement qu’il convenait de vendre le one cent. Madame Hind l’envoya donc en Angleterre pour le faire expertiser à la Royal Philatelic Society.

Une vente aux enchères fut programmée à Londres en octobre 1935. Le prix de réserve était fixé à 42.500$ de l’époque, soit environ 600.000$ d’aujourd’hui.

Les enchères débutèrent à 3.500$, pour se terminer à…7.500$, soit très loin de la somme de réserve. On le retira donc de la vente, au grand étonnement général. Pour la petite histoire, cette dernière offre était le fait de Percy Loines Pemberton, le fils d’Edward Loines Pemberton qui avait raté l’achat du one cent en 1878 (voir épisode 5) …

De retour aux Etats-Unis, Madame Hind reçu plusieurs offres à 40.000$, mais avait décidé de ne pas céder son trésor en-dessous de la barre des 50.000$, ce qui semblait toutefois un montant très surévalué aux yeux des spécialistes. Elle l’avait en tous cas assuré pour 48.800€.

N’arrivant pas à le vendre, elle confia cette mission à un intermédiaire bien connu, la société Macy’s, qui lui promettait de mettre le timbre en valeur, en le présentant à la « New York World’s fair » en 1939-40.

Un acheteur inconnu de Madame Hind et du reste du monde philatélique, s’en porta acquéreur à cette époque, pour la somme – probable, révélée par le New York Times d’alors - de 45.000$.

Ce n’est que 30 ans plus tard, lors de la revente du timbre, que l’on prit connaissance du nom de son propriétaire. Il s’agissait de Frederik Trouton Small, un ingénieur australien, né en Floride, et qui rêvait de posséder le one cent magenta depuis son enfance ! En l’acquérant, il complétait définitivement sa série de timbres de Guyane britannique. Outre cela, il possédait également des lots complets de Bavière, Allemagne et Russie, qui venaient tous de chez Macy’s.


Episode 10

En 1970, Small décide de vendre aux enchères toute sa collection de timbres, dont le one cent magenta. Elle est estimée à 750.000$ de l’époque ! Pour cela, il choisit Robert A. Siegel, l’un des dealers les plus influents de New York. Dans les bureaux de ce dernier, c’est l’effervescence : comment allaient-ils s’y prendre pour mettre en valeur de manière optimale le one cent ?

En effet, si Siegel pensait que le magenta allait bien être la pièce qui ferait le plus monter les prix, il avait un autre lot de qualité dans son catalogue ce jour-là : une feuille de timbres célébrants le premier pas d’un homme sur la lune. Certes, elles avaient été produites à neuf millions d’exemplaires (un record pour la poste américaine !), mais la gravure avait été réalisée avec du matériel emporté dans la capsule d’Apollo 11. En outre, celle reprise pour la vente présentait quelques défauts uniques, qui participaient à sa rareté : les couleurs n’étaient pas correctement alignées, le bleu foncé du ciel débordait sur la lune, et les rayures rouges du drapeau américain se retrouvaient en partie sur le coude d’Armstrong.

Dès lors, pour faire du one cent magenta la star de la vente, son histoire était étalée dans les premières pages de la brochure du jour. Depuis sa découverte par Vaughan, jusqu’à aujourd’hui, aucun détail n’était oublié. Sauf une chose : le nom du dernier propriétaire ! Celui-ci fut divulgué, alors que le document était déjà imprimé…

Il annonçait que les yeux des philatélistes du Monde entier se focalisaient le jour de la vente, sur le salon Louis XVI du Waldorf Astoria, lieu historique s’il en est ! Ici étaient passés des rois, des princes, des présidents et de nombreux playboys ! Herbert Hoover et le Général McArthur ont même habité ce bâtiment.

Finalement Siegel dut se résoudre à changer d’endroit au dernier moment, pour utiliser finalement la grande salle de bal de l’hôtel, en raison de l’affluence des demandes, qualifiée par le new York Times de « record mondial de fréquentation pour une enchère de timbres ».

Dénommée « Les Raretés du Monde », elle était présidée au marteau par le beau-fils de Siegel, le trentenaire Andrew Levitt.

Dans la salle se pressaient de nombreuses célébrités, mais aussi Irvin Weinberg. Ce collectionneur bien connu, avait réuni 7 investisseurs, hors lui, qui avaient chacun versé une somme de 50.000$ sur un compte commun, avec l’espoir de pouvoir se porter, tous ensemble, acquéreurs du one cent.

Les enchères sont lancées par Levitt à 100.000$...


Episode 11

La foule retient son souffle.

Quelques mains se lèvent. Les enchères montent d’abord par tranches de 20.000$, puis de 10.000$. Arrivées à 200.000$, l’enchérisseur supposé représenter la famille royale britannique, Robson Lowe, abandonne.

La lutte se circonscrit alors principalement entre Weinberg, de plus en plus nerveux, et les frères Roger et Raymond Weills, des dealers originaires de New Orleans, que craignait Weinberg. Les Weills paraissent sûrs de leur affaire. Mais à 250.000$ ils abandonnent, laissant Weinberg se battre avec un dealer de Boston, son dernier adversaire. 35.000$ plus tard, Weinberg gagnait son pari et enlevait l’affaire, en restant largement sous la barre des 500.000$, la limite fixée par lui et ses partenaires.

Le monde de la philatélie se montrait plutôt satisfaite de savoir le one cent magenta désormais entre les mains d’un vrai connaisseur.

Dans un premier temps, le timbre se retrouve dans le coffre de Weinberg, mais pas pour longtemps… Son association d’acheteurs avait en effet décidé de promouvoir sa nouvelle acquisition, de la rendre visible au plus grand nombre. En faire un vrai objet de désir était le but avoué. Une opération de marketing, en somme, avec comme objectif à terme de trouver un nouvel acheteur lorsque le moment serait venu.

Weinberg se met donc à voyager pour exposer le timbre dans de nombreuses manifestations autour du Monde. Il profite de ces déplacements pour monter de vrais événements médiatiques, avec l’aide de partenaires et de sponsors.

La mise en scène est millimétrée. A l’instar de Hind, l’ancien propriétaire du one cent, le parcours entre la 5ème avenue et l’aéroport se fait en voiture blindée, escortée par la police et par la presse. Une fois dans l’avion, il garde sur ses genoux l’attaché-case qui contient le timbre durant tout le voyage !

Un jour il demande à une chaîne de télévision de réaliser un reportage sur un trajet entre son bureau et la banque. Cette dernière accepte sans sourciller !

Une autre fois, une délégation de Japonais lui demande audience.  

-        Nous souhaitons exposer votre timbre à Tokyo…

-        Je vous avoue ne pas être très attiré par un si long voyage, répondit malicieusement Weinberg.

-        Nous vous assurons que nous lui réserverons un accueil digne de lui !

-        Mais encore ?

-        Il sera exposé dans les mêmes conditions que l’a été la Joconde ! Nous vous réservons également une somme de 10.000$, et nous prenons tous vos frais en charge…

L’affaire fut conclue, on s’en doute !

Episode 12

Weinberg imaginait sans cesse de nouvelles actions pour faire parler de lui, et surtout de son fameux timbre.

Ainsi il envoya son jeune fils lui acheter une paire de menottes dans un stock de l’armée. Il s’enchaîna ensuite à son attaché-case, qui ne le quittait jamais ! Il ne craignait pas que l’on lui arrache sa mallette, mais espérait ainsi attirer l’attention des journalistes, particulièrement lors d’un déplacement à Toronto pour y présenter le magenta à la Canadian Philatelic Exhibition.

Une fois arrivé sur place, il fut convié, lors d’une conférence, à répondre aux nombreuses questions de l’assistance. Au bout d’une demi-heure, il s’éclipsa dans les coulisses, car les menottes commençaient à entamer son poignet. Mais malgré ses recherches dans chacune des poches de son costume, il dut se rendre à l’évidence : il avait perdu la clé de ses entraves !

Les organisateurs tentèrent par tous les moyens de débloquer la serrure, sans succès. Ils firent alors appel au pompier de service, qui empoigna une scie à métaux… Un journaliste qui passait par là, demanda s’il était autorisé à prendre la scène en photo. L’homme du feu lui répondit que sa fonction ne le permettait pas. Le photographe interpella alors Weinberg, en lui promettant que le visage du pompier n’apparaîtrait pas sur le cliché, et que s’il pouvait convaincre ce dernier d’accepter la prise de vue, la photo se retrouverait le lendemain dans la presse internationale. Weinberg fila donc un pourboire en douce au pompier et le journaliste tint parole, car le jour d’après l’histoire et la photo s’étalaient dans tous les journaux people de la planète !

Weinberg devint ainsi petit à petit une célébrité, dont le Monde entier avait entendu parler au moins une fois. Invité dans le talkshow To Tell The Truth du très connu Mike Douglas, il y déclara que le one cent magenta valait certainement à ce jour entre 500.000$ et 1 million $ !

Il continuait par ailleurs à voyager autour du Monde, en se faisant remarquer, mallette à la main dans de nombreux endroits, comme lors d’une traversée de l’Atlantique sur le fameux Queen Elisabeth 2.

Une fois encore, il marquait ainsi les esprits…

Le temps était venu de vendre son trésor !


Episode 13

En 1980, l’économie avait fléchi, l’inflation avait bondi, la bourse stagnait.

Soudain, les investisseurs se dirigeaient plus volontiers vers les collections, ou vers l’achat d’œuvres d’art que vers les actions ou les obligations. Les timbres faisaient partie de cette catégorie, car ils semblaient varier en permanence à la hausse…

Toutefois, consulté, Andrew Levitt (qui avait été « au marteau » lors de la vente du one cent magenta) déclara que la bulle des timbres de collection risquait de ne pas tenir au-delà de 1981.

Cela incita Weinberg et ses associés à se poser la question de la vente éventuelle de leur one cent. Ils étaient loin d’être tous du même avis !

Pour en avoir le cœur net, Weinberg consulta Robert Siegel, le propriétaire de la firme éponyme à New York, celle qui avait organisé la vente du one cent en 1970.

Siegel fit un rapide tour de table de ses clients qui pouvaient potentiellement être intéressés par le magenta. A sa grande surprise, aucun d’entre eux ne semblait se bousculer au portillon…

Sûr de son fait, Weinberg l’incita malgré tout à lancer une vente dans les meilleurs délais, quitte à ce que l’organisateur y perde sa réputation ! Une date fut donc fixée.

Le matin du jour dit, Siegel apostropha Weinberg en lui disant qu’un amateur s’était présenté à lui durant la nuit précédente, sans vouloir toutefois lui donner son identité !

On sait pourtant aujourd’hui qu’il s’agissait de John E. du Pont, l’un des héritiers de la célèbre firme chimique américaine, qui avait débuté dans la fabrication de poudre à canon dans le Delaware. Mais l’homme était surtout connu pour sa passion de la lutte greco-romaine. Il avait d’ailleurs aménagé la propriété familiale en centre sportif pour lutteurs. Plusieurs d’entre eux vivaient et s’entraînaient sur place. Les choses allaient pourtant mal tourner pour lui, on le verra plus loin...

Lors de la vente aux enchères, du Pont avait demandé à un employé de Siegel, dénommé Krievens d’enchérir à sa place.

Les deux hommes sont assis côte à côte au milieu de l’assistance, de manière complètement anonyme.

La vente démarre à 325.000$... Elle va durer 50 secondes !


Episode 14


Robert Siegel lui-même est « au marteau ».

Weinberg, fataliste, espérait un miracle, car il avait un mauvais pressentiment. Une petite réunion était bien prévue avec ses associés à son hôtel à l’issue de la vente, mais sans plus. Il se rassura pourtant, car les enchères s’envolèrent rapidement. Après seulement 50 secondes, la messe était dite : le one cent magenta était adjugé à 935.000$, soit exactement 337 fois ce que la bande à Weinberg l’avait payé ! Le champagne allait couler à flot…

Le nouveau propriétaire restait mystérieusement anonyme. Ce n’est que bien plus tard que son identité fut révélée : il s’agissait bien de John E. Dupont.

Sitôt acquit, le timbre fila dans un coffre d’une banque de Philadelphie, et n’en bougea pratiquement plus jamais.

du Pont était un homme éclectique. Il était philatéliste, certes, mais aussi très attiré par le sport. Il ne devint jamais un grand champion, mais il connut son heure de gloire lorsqu’il devint manager de l’équipe américaine de lutte libre aux jeux olympiques de Rome en 1994. Il était également passionné d’ornithologie (il était diplômé en zoologie). On lui doit d’ailleurs la découverte d’un certain nombre d’espèces d’oiseaux.

Il épouse Gale Wenk en 1983, de 16 ans sa cadette. Ils divorcent 10 mois plus tard, avec à la clé un confortable matelas de 5 millions de $ pour Madame, qui accusait John d’avoir voulu attenter à ses jours en la menaçant d’une arme, avant d’essayer de la jeter dans un feu ouvert…

Il s’agissait sans doute là des premiers signes d’une maladie mentale, qui allait le toucher et bousculer sa vie.

En effet, en 1996 il abat le lutteur Dave Schulz dans sa propriété, sous les yeux de l’épouse de celui-ci.

De nombreuses personnes avaient remarqué le comportement de plus en plus erratique du milliardaire, dans les mois qui avaient précédé ce meurtre. Il avait peur de tout, et sa paranoïa empirait de jour en jour. Cela expliquait sans doute la mort de Schulz car du Pont croyait qu’il faisait partie d'une conspiration internationale, qui avait pour objectif de le tuer.

Lors de son procès, il plaida « non coupable pour cause d’aliénation mentale », et écopa d’une peine de 30 ans de prison pour « meurtre au troisième degré ». A l’issue du verdict, il se retrouva incarcéré à l’Etablissement Correctionnel d’Etat Mercer, en Pennsylvanie.

L’épouse de Dave Schultz obtint, elle, un dédommagement substantiel de 35 millions de dollars, pour la mort de son mari.

John du Pont décéda en prison en décembre 2010, âgé de 72 ans. Sa fortune, alors estimée à 470 millions de dollars fut attribuée par exécution testamentaire à 80% au lutteur bulgare Yordanov, qui faisait partie de l’équipe entraînée dans la propriété du défunt.

En 2014, la succession du milliardaire doit être liquidée.

Les exécuteurs testamentaires décident donc de confier à la firme Sotheby’s de New York la vente du one cent Magenta.

Vous pouvez suivre la mise aux enchères du timbre dans la video ci-dessous.



Autohebdo - novembre 2016

Séance de dédicaces sur le stand de notre distributeur français "Motors Mania" (Pau) à Rétromobile 2017 (Paris).